Le Catastrophisme

Le Catastrophisme

Catastrophisme & Douleur

 

Auteur Rubrique de cours Relecteur Responsable

Alexandre Bazille

Modèle Bio-Psycho-Social

Laurent Grein

Nathan Risch

Introduction
La peur est une expérience sensorielle à connotation péjorative. Si la douleur est la représentation d’une lésion, la peur est la représentation d’une menace. La peur exacerbe la sensation douloureuse. Le catastrophisme est une stratégie cognitive qui peut satisfaire certains besoins du patient et qui n’altère que la représentation de la menace.

 

Définitions
Le catastrophisme est un ensemble mental négatif exagéré mis en œuvre au cours d’une expérience douloureuse réelle ou anticipée [1].
C’est une interprétation erronée de sensations physiques traduites comme étant menaçante par l’individu et provoquant une peur de l’individu face à cette douleur. Le catastrophisme amène l’individu a des jugements négatifs sur la douleur et ses conséquences [2].
Le catastrophisme se rapporte à une attitude mentale excessivement négative face à une expérience actuelle ou future. Elle consiste en une réaction inadaptée à la situation tant au plan cognitif qu’affectif. Il s’agit d’une construction multidimensionnelle [3].

 

Descriptions
Le catastrophisme repose sur 3 réactions principales. Ces réactions sont basées sur des niveaux d’évaluations de l’individu face à un évènement [4,5].

La Rumination : Elle englobe les idées continues, des inquiétudes de la douleur/de l’évènement stressant, ainsi que l’incapacité de la personne à pouvoir inhiber ce type de pensée. Elle représente la capacité de la personne à pouvoir détourner son attention des pensées liées à la douleur.
« Je ne peux pas arrêter de penser à combien ça fait mal / Finira-t-elle un jour ? »

L’Amplification ou Grossissement : Il s’agit d’une stratégie d’analyse où la personne va grossir/amplifier l’inconfort de situations douloureuses. De plus, cette personne présente des attentes négatives, elle s’attend à ce que les résultats soient plus négatifs qu’ils ne le seront réellement. Cette stratégie est liée à la santé physique et mentale et à l’humeur dépressive [16].
« Je crains que quelque chose de grave puisse m’arriver »

L’Impuissance : Il s’agit d’un niveau d’évaluation dans lequel les individus évaluent négativement leur capacité à gérer efficacement un stimulus négatif. Elle est prédictive de l’intensité de la douleur, de l’interférence liée à la douleur, de la qualité de la santé physique et mentale et de l’humeur dépressive [16].
« C’est horrible, je me sens submergé »
La création de l’échelle « Pain Catastrophization Scale » s’est appuyée sur l’hypothèse selon laquelle les situations douloureuses partageaient toutes suffisamment de points communs pour déclencher des réactions cognitivo-affectives similaires. Contrairement à ce postulat initial, on observe chez les patients soit des réactions de rumination et d’impuissance de manière conjointe, soit l’amplification seule. Ces trois réactions ne sont donc pas nécessairement couplées.
Sullivan suggère que la relation entre le catastrophisme et les mécanismes nociceptifs centraux est bidirectionnelle. Si la relation est d’abord de nature psychologique, elle tiendrait, à force d’exposition répétées, plus d’un processus physiologique au travers de changements de sensibilités neurales [7].

 

Relation Douleur – Catastrophisme
Lors d’une expérience douloureuse, l’individu adapte son comportement en fonction de sa perception de la menace. Soit la personne a une faible peur de l’évènement et il pourra s’y exposer de nouveau en l’appréhendant avec plus d’aplomb et d’assurance. Soit l’évènement possède une forte valeur négative pour le patient et il va alors mettre en place une stratégie de catastrophisme.
Comme le montre Vlaeyen, l’exposition a une expérience douloureuse provoque un cercle vicieux sous le filtre du catastrophisme où se renforcent le catastrophisme, la kinésiophobie, l’hypervigilance, l’incapacité, l’abandon et pouvant aboutir à une dépression [2].
Sullivan suggère que la stratégie face à la douleur des catastrophistes est inadaptée lors de douleurs aigües mais elle l’est encore plus dans le cadre de maladies ou douleurs chroniques [7]. La demande de soutien, d’empathie et d’attention enferme la personne dans ce modèle. La sollicitation de l’entourage renforce l’attention sur la douleur empêchant le patient d’exploiter au mieux une stratégie de distraction d’une part, et renforce l’expression douloureuse d’autre part [1].
Le catastrophisme augmente le niveau de douleur et de détresse émotionnelle mais en plus, elle augmente la probabilité que l’état douloureux persistera sur une période plus longue encore [8,9].
Plusieurs études montrent la relation étroite entre le catastrophisme, la peur et la dépression [10,11]. Elles diminuent le seuil de tolérance à la douleur [12].
L’emploi du catastrophisme va même limiter l’efficacité d’intervention pharmacologique sur une douleur de type neuropathique [13].
Le niveau de catastrophisme permet de prédire, dans une certaine mesure, les douleurs futures du patient, même si des éléments vont moduler cette estimation : la population, la pathologie de consultation ou sous-jacente, la durée d’exposition à la douleur, le contexte dans lequel la douleur a été traitée [8,14,15].
Sullivan émet l’hypothèse que le catastrophisme pourrait s’apparenter au modèle de la dépression de Beck [7]. La pensée catastrophique serait issue de cognitions automatiques sur la façon d’agir et d’évaluer le sens d’une situation mais aussi sur l’estimation les différentes stratégies d’adaptation possible et de leur efficacité. L’estimation serait alors inadaptée par rapport au stress perçu.

 

Comment évaluer le catastrophisme ?
L’échelle de PCS (Pain Catastrophization Scale) permet d’évaluer ces composantes et le niveau de catastrophisation du patient. Cette échelle est un outil prédictif sur la façon dont les patients vont réagir à la douleur et au traitement à court et long terme.
Une autre échelle : CSQ (coping strategy questionnaire). Un score élevé indique un niveau plus élevé de détresse physique et émotionnelle associés à leur condition douloureuse.

 

Bibliographie
Pour la rédaction de cet article, nous nous sommes basés sur l’article de Michael JL Sullivan « PCS – L’échelle des pensées catastrophiques – Manuel de l’utilisateur »

[1] Sullivan MJ, Thorn B, Haythornthwaite JA, Keefe F, Martin M, Bradley LA, Lefebvre JC. Theoretical perspectives on the relation between catastrophizing and pain. Clin J Pain 2001;17:52–64
[2] Vlaeyen J. W.S., Crombez G., La Psychologie de la peur et de la douleur, Revue du rhumatisme 76 (2009) 511-516
[3] http://www.cnrd.fr/Le-catastrophisme
[4] Sullivan M. J. L, Tripp D, Rodgers W. D, Stanish W, Catastrophing and Pain Perception in Sports participants Sullivan Journal of applied sport psychology 12 (2000), 151-167
[5] Sullivan M. J. L, Bishop S. R., Pivik J. The pain catastrophizing scale : development and validation Psychological Assessment Vol.7 (1995), No. 4, 524-532
[6] Conway M., DiFazio R., Bonneville F., Sex, sex roles, and response styles for negative affect : Selectivity in a free recall task, Sex Roles, Vol. 25 (1991), Nos. 11/12, 687-700
[7] http://sullivan-painresearch.mcgill.ca/pdf/pcs/PCSManual_French.pdf
[8] Pavlin, D.J., Sullivan, M.J.L., Freund, P.R., Roesen, K. Catastrophizing:  A risk factor for post-surgical pain.  Clin J Pain 2004.
[9] Forsythe, M. E., Dunbar, M. J., Hennigar, A. W., et al. Prospective relation between catastrophizing and residual pain following knee arthroplasty: two-year follow-up. Pain Res Manag 2008, 13: 335 – 341.
[10] Sullivan, M. J. L., D’Eon, J. L. Relation between catastrophizing and depression in chronic pain patients. J Abnor Psychol 1990, 99: 260 – 263.
[11] Keefe, F. J., Abernethy, A. P., Campbell, L. C. Psychological approaches to understanding and treating disease-related pain. . Ann Rev Psychol 2005, 56:601 – 630.
[12] Campbell CM et al, Situational versus dispositional measurement of catastrophizing : associations with pani reponses in multiple samples. J Pain. 2010 May;11(5):443-453.e2.
[13] Haythornthwaite, J., Clark, M., Pappagallo, M., et al. Pain coping strategies play a role in the persistence of pain in post-herpetic neuralgia. Pain 2003, 106:453-460.
[14] Picavet HS, Vlaeyen JW, Schouten JS.  Pain catastrophizing and kinesiophobia: predictors of chronic low back pain.  Am J Epidemiol 2002, 156: 1028 – 1034.
[15] Keefe, F. J., Brown, G. K., Wallston, K. A., et al. Coping with rheumatoid arthritis pain: catastrophizing as a maladaptive strategy. Pain 1989, 37: 51 – 56.
[16] Craner JR1, Gilliam WP, Sperry JA. Rumination, Magnification, and Helplessness: How do Different Aspects of Pain Catastrophizing Relate to Pain Severity and Functioning? Clin J Pain. 2016 Dec;32(12):1028-1035.

GI Douleur

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