Que font les kinésithérapeutes pour les patients douloureux ?

Que font les kinésithérapeutes pour les patients douloureux ?

Les atouts de la kinésithérapie dans
le parcours du patient douloureux chronique

Auteur Rubrique de cours Relecteurs Responsable
Laurent Rousseau La kinésithérapie dans le parcours de soin Nolwenn Poquet
Anthony Demont
Laurent Rousseau

 

Introduction

Le parcours de soin d’un patient douloureux chronique relève parfois du parcours du combattant, tant les informations qu’il reçoit peuvent être à la fois très anxiogènes, et contradictoires. Les caractéristiques de sa profession confèrent au kinésithérapeute une place primordiale dans la prise en charge du patient douloureux chronique.

 

Kinésithérapie et douleur chronique

Tout porte à croire que la prise en charge du patient douloureux chronique devrait être multi focale [1], à l’instar du caractère multifactoriel de la douleur persistante. Les récentes recommandations en matière de prise en charge de patients atteints de fibromyalgie [2], attestent de cette prise en charge plurielle, et placent le kinésithérapeute au cœur de cette dernière.

Son action comporte différents volets qui relèvent de :

  • L’éducation du patient (connaissance de la pathologie douloureuse, rôle actif du patient, engagement…) ;
  • La mise en place d’une activité physique progressive et décidée conjointement par le thérapeute et le patient (exercice à quota, imagerie motrice progressive, exposition fonctionnelle progressive…) ;
  • La gestion des crises douloureuses (apprendre à reconnaître les signes précurseurs de survenue de crises douloureuses, mise en place de techniques qui facilitent la gestion des crises…) ;
  • La prévention des rechutes (travail régulier de respiration contrôlée, de relaxation, de méditation, thérapie d’acceptation et d’engagement…).

Dans ce cadre particulier, le kinésithérapeute occupe une place de choix de par sa formation initiale [3], l’organisation des soins, et la confiance des patients en cette profession.

 

La formation initiale

La récente réforme des études en kinésithérapie a vu son référentiel totalement remanié. On retrouve dans plusieurs unités d’enseignement (UE) des éléments favorisants la compréhension de la douleur, sa prise en charge ainsi que le volet pluri professionnel de cette dernière. Quelques exemples :

UE 1
Santé publique

Abord du handicap sous un angle biopsychosocial

Découverte des autres métiers de la santé

UE 2
Sciences humaines et sciences sociales

La psychologie, pierre angulaire des thérapies cognitivo-comportementales, mais aussi pratique fondamentale dans la prise en charge de l’anxiété et de la dépression possiblement associées à la douleur chronique

Les sciences de l’éducation pour faciliter l’éducation à la douleur

UE 3
Sciences biomédicales

Approches spécifiques de la douleur

UE 9 et 26
Langue anglaise professionnelle

Meilleure compréhension des articles et études en neurosciences et sur la douleur

UE 20
Évaluation, techniques et outils d’intervention dans le domaine neuromusculaire

Les approches cognitives et comportementales (douleur, éducation thérapeutique, information et participation du patient, serious games…).

 

L’organisation des soins en kinésithérapie libérale

La récurrence des séances

  • Donne la possibilité d’organiser un planning dans l’éducation à la douleur. En effet la complexité du phénomène douloureux chronique nécessite de revenir régulièrement sur différents aspects, sans pour autant noyer le patient sous des informations parfois difficiles à appréhender (nociception, sensibilisation…). En distillant progressivement ces notions sous différentes formes (histoires, vidéo, fiches, métaphores…), tout en poursuivant une rééducation centrée sur le patient et en accord avec ses capacités, le thérapeute optimise les chances d’atteindre les objectifs déterminés préalablement avec son patient ;
  • Donne la possibilité de vérifier la bonne compréhension des données vues en séances, en sollicitant très régulièrement les informations que le thérapeute aura choisi de partager ;
  • Donne la possibilité d’évaluer la motivation du patient, de la discuter afin de respecter les étapes du changement, notamment en rapport avec les comportements de bonne santé comme l’activité physique ;
  • Donne la possibilité de graduer les exercices qui se seront avérés utiles dans la prise en charge, et d’en vérifier l’observance. Même si le thème de l’observance reste une difficulté majeure de la prise en charge des patients douloureux chronique, la récurrence des soins permet d’ajuster au mieux les exercices, de rediscuter régulièrement leur intensité voire leur opportunité, de vérifier la qualité de leur réalisation ainsi que de remettre à l’épreuve la motivation du patient ainsi que son engagement dans le traitement ;
  • Donne la possibilité de proposer des exercices cognitifs (lectures, questionnaires, visualisation de documents…) et de vérifier avec quelques questions ou évaluations, si les messages proposés ont bien été assimilés.

Possibilité d’organiser des séances de groupe (émulation, partage d’expérience…)

  • L’organisation des séances est laissé à l’initiative du thérapeute, et à ce titre il peut alterner en fonction des objectifs, des séances individuelles pour des messages personnalisés, et des séances de groupe pour permettre l’émulation et le partage.

Gestion du nombre de séances et de la fréquence

  • Depuis février 2000, à condition que le médecin prescripteur ne l’ait pas précisé, le kinésithérapeute peut déterminer à la suite du Bilan Diagnostic Kinésithérapique (BDK), la fréquence et le nombre de séances pour le patient. En référent régulièrement, grâce aux bilans intermédiaires, de l’avancé du traitement, il peut, en fonction des objectifs déterminés avec son patient, faire évoluer sa prise en charge en parfait accord avec son patient et le prescripteur des soins.

Activité hors convention

  • Le kinésithérapeute peut proposer des activités physiques adaptées et personnalisées en dehors du cadre de la prescription médicale, afin de permettre à la fois de maintenir les bienfaits acquis lors des séances, ainsi que de prévenir les éventuelles « rechutes ».

 

La relation privilégiée des patients avec leur masseur-kinésithérapeute

Une enquête menée en 2005 [4] révèle que 89% des personnes interrogées étaient satisfaites de leurs séances réalisées chez leur masseur-kinésithérapeute. Les enseignements de cette étude montrent que : « La bonne image qu’ont les patients de leur praticien relève davantage des qualités humaines du kinésithérapeute que des moyens mis en œuvre au cabinet ». Cette constatation renforce le fait que l’alliance thérapeutique, qui est un facteur déterminant de la prise en charge des patients douloureux chronique, est pleinement facilitée par les qualités humaines des praticiens. Elle est le premier maillon d’une prise en charge dans le cadre de la douleur chronique, et est une étape indispensable à sa réussite.

 

Conclusion

La kinésithérapie est à ce jour une discipline qui, par son organisation sur le territoire, et la formation des kinésithérapeutes est devenue incontournable dans la prise en charge des patients douloureux chronique. Cependant, à ce jour, des progrès restent à faire en termes d’homogénéité dans la qualité de la formation concernant la prise en charge de la douleur, ainsi que dans l’application du modèle biopsychosocial. Malgré cela, avec plus d’un million de personnes accueillies quotidiennement dans les cabinets de ville, les masseurs-kinésithérapeutes libéraux ont un rôle majeur à jouer dans le dépistage et dans la limitation de la chronicité de la douleur. La prise en charge des maladies chroniques est un défi pour le système de soin français, la kinésithérapie se doit d’être à la hauteur de ces enjeux.

 

Bibliographie

[1] Deckert S, Kaiser U, Kopkow C, Trautmann F, Sabatowski R, Schmitt J. A systematic review of the outcomes reported in multimodal pain therapy for chronic pain. Eur J Pain 2016 Jan;20(1):51-63.
[2] G J Macfarlane, C Kronisch, L E Dean, F Atzeni, W Häuser, E Fluß, E Choy, E Kosek, K Amris, J Branco, F Dincer, P Leino-Arjas, K Longley, G M McCarthy, S Makri, S Perrot, P Sarzi-Puttini, A Taylor, G T Jones, EULAR revised recommendations for the management of fibromyalgia. Ann Rheum Dis 2017 Feb;76(2):318-328.
[3] Décret n° 2015-1110 du 2 septembre 2015 relatif au diplôme d’Etat de masseur-kinésithérapeute [En ligne] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000031127740&categorieLien=id
[4] Enquête auprès des patients en kinésithérapie mai 2005 BVA pour FMT [En ligne] https://www.salonreeduca.com/REF/REF_Reeduca/images/content/Presse/Enquete-opinion/2005-enquete-patient-kine.pdf?v=635938943104940085.

 

GI Douleur

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